Il fut un temps où l’on y ferrait les mulets d’un côté et forgeait des cœurs en or de l’autre. À Séez (Haute Tarentaise), l’Espace Saint-Éloi occupe une ancienne forge villageoise entièrement rénovée, désormais partagée entre trois univers : le travail du fer, la bijouterie savoyarde et l’art baroque. Une visite que la responsable des lieux, Isabelle De Pestel, ne manque jamais de rendre surprenante.
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Au sous-sol, le foyer de la forge n’a pas bougé d’un centimètre depuis l’origine. Ici, on ferrait encore mulets et chevaux jusque dans les années 1970. « Les tracteurs, tout le monde n’avait pas les moyens de s’en acheter, et par chez nous, ce n’est pas très plat » rappelle Isabelle De Pestel.

Un martinet impressionnant, actionné par une roue à aube – la même mécanique que celle des moulins voisins – y frappait autrefois le métal porté au rouge.
Le forgeron cumulait souvent plusieurs casquettes selon les saisons : maréchal-ferrant pour les bêtes, taillandier pour les outils agricoles, ferronnier pour les serrures et les balcons, sans oublier le cerclage des roues de charrette.
« Faire ferrer la femme »
Un étage plus haut, la bijouterie réserve la plus belle surprise. Plus de 200 pièces – croix, cœurs, broches – composent une collection unique, offerte par Jean Delaveste, bijoutier de Bourg-Saint-Maurice dont le fils a repris le magasin.

L’atelier reconstitué, daté des années 1870, dévoile l’ingéniosité d’une époque sans gaz ni électricité : un appareil à acétylène alimentait les chalumeaux, tandis qu’un mélange d’eau et d’acide sulfurique servait de loupe improvisée.
Trois techniques s’y côtoyaient : le façonnage, le plus ancien et le plus coûteux ; la cire perdue, plus accessible ; et le balancier, utilisé notamment pour emboutir les cœurs savoyards.

Mais la pièce la plus savoureuse reste une expression. « Quand un jeune homme avait trouvé sa fiancée, il devait lui offrir le cœur, la croix, les boucles d’oreilles et la bague » révèle Isabelle De Pestel. « On appelait ça faire ferrer la femme. »
Un clin d’œil au métier du forgeron d’à côté et peut-être aussi, glisse-t-elle, « aux amoureux les plus modestes, qui refondaient leurs premiers bijoux pour les offrir à nouveau. »
Un détour par le baroque
L’espace baroque referme la boucle. Si les églises de la vallée, comme celle de Séez agrandie au XVIIe siècle, affichent des façades si sobres, c’est un choix. Celui de distinguer le profane du sacré avant de franchir un portail richement sculpté.

Une réponse locale au concile de Trente, réuni pendant dix-huit ans pour répondre aux critiques protestantes contre l’Église. Ce faste, financé notamment par les droits de passage des cols voisins et la vente du Beaufort, ne s’est guère répandu au-delà des hautes vallées : une décoration religieuse d’une telle ampleur coûtait cher.

Sous cette charpente d’ancienne forge, l’histoire de Séez se raconte donc à trois voix : celle du fer, celle de l’or, et celle de la foi.
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- Opening : du 15/06 au 29/08/2026, du lundi au samedi de 14h à 18h
- Journées du Patrimoine : 19 and 20/09/2026, from 3 pm to 6 pm
- Prices : 3 € (adulte), gratuit pour les moins de 12 ans accompagnés d’un parent payant ; groupes (+ de 20 pers.) : 2,50 € adultes, 1 € scolaires
- Paiement : chèque ou espèces
- Réservation groupes (+ 20 pers.) : accueil de la mairie, 04 79 41 00 54 – accueilbis@seez.fr
- Contact: 04 79 40 10 38 – accueilbis@seez.fr - www.seez.fr
- Équipements : toilettes, parking à proximité
