Il en a vu passer, des siècles et des voyageurs. Perché à 2 188 mètres, à cheval sur la frontière franco-italienne, l’Hospice du Petit-Saint-Bernard (Haute Tarentaise) veille sur le col depuis près de mille ans. Détruit, reconstruit, abandonné puis ressuscité, ce bâtiment massif raconte à lui seul l’histoire mouvementée d’un lieu de passage stratégique entre les Alpes.
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« L’hospice a été fondé au XIᵉ siècle » rappelle Lou Julien, responsable du point d’information. Dans l’esprit de saint Bernard, qui implanta ses hospices aux frontières des Alpes. L’un ici, entre la France et l’Italie, l’autre entre l’Italie et la Suisse.
Mais les origines du lieu remontent plus loin encore : d’abord bâti près de l’ancien caravansérail romain, à l’est du col, l’édifice trouve ses racines au VIᵉ siècle, avant d’être rebâti au début du XIIᵉ siècle sur son emplacement actuel.
Installé sur une voie transalpine stratégique, l’hospice avait une vocation double : spirituelle et hospitalière. On y offrait le gîte et le couvert aux colporteurs, pèlerins et marchands épuisés par la traversée. Une différence notable avec son grand frère.
Détruit par les guerres, laissé à l’abandon
« Celui du Grand-Saint-Bernard est ouvert toute l’année, il y a encore des moines. Nous, ici, il n’y a pas d’esprit religieux, mais on garde le même esprit d’accueil » souligne Lou Julien.

L’histoire de l’hospice est aussi une longue suite de destructions. « Il appartient à l’ordre mauricien, un ordre religieux et militaire. Il a été souvent bombardé, pillé, détruit » résume la responsable de l’accueil.
Guerres et incendies l’ont ravagé à plusieurs reprises, mais il a toujours été reconstruit pour maintenir sa vocation. Jusqu’au coup de trop : durement touché par les combats de la Seconde Guerre mondiale, l’édifice est laissé à l’abandon, livré aux méandres des conflits frontaliers entre la France et l’Italie.
Une résurrection transfrontalière
Situé sur la commune de Séez mais propriété de l’Ordre italien des Saints-Maurice-et-Lazare, l’hospice se retrouve à un carrefour administratif complexe. « Comme il était d’abord sur le sol italien, puis, la frontière ayant bougé, sur le sol français, il fallait le raser ou le réhabiliter. »

C’est la seconde option qui l’emporte, grâce à une belle mobilisation. « Une association du Petit-Saint-Bernard s’est mise en place et est allée voir le propriétaire, à Turin, pour lui expliquer le projet. L’ordre mauricien a accepté de financer la moitié des travaux au départ. » Le reste sera porté par la Communauté européenne et les collectivités publiques françaises et italiennes.
Inscrit dans l’opération « Cols Verts » du Conseil général de la Savoie, le chantier prévoit d’aménager, étage après étage, un relais d’information, un espace de présentation des produits savoyards et valdôtains, un musée du col, un gîte d’étape et même un espace européen de rencontre. Un travail de longue haleine, contraint par l’altitude.
Une aile encore à réveiller
« Les travaux n’ont pu s’effectuer les étés » précise Lou Julien. Rouvert en 1995, l’hospice a ainsi grandi par étapes. « Ça fait plus de vingt saisons que je suis là. Au tout départ il y avait ça, puis un peu plus chaque année… Le projet a vraiment été mené à bout, et ça, c’est bien. »

L’aventure n’est pourtant pas tout à fait terminée. Aujourd’hui, seule une partie du bâtiment est aménagée. L’équivalent reste à restaurer de l’autre côté. « Cette aile-là est encore en projet. » Le rêve ? « Ouvrir même l’hiver » et gagner en capacité l’été.
Mais la montagne impose ses limites : zone avalancheuse et vents violents rendant l’accès difficile. Reste une belle ambition. « On a une salle d’expo qui pourrait être encore plus valorisée, en faisant une belle galerie. » De quoi écrire, un jour, un nouveau chapitre de cette histoire millénaire.
