On y est à peine arrivé qu’un petit chien vient déjà faire la fête. Autour, l’odeur des vaches, le murmure continu de la fontaine, et soudain, à midi pile, le bal des cloches qui s’égrène dans les ruelles comme un rituel immuable. Bienvenue à La Gurraz, l’un des treize hameaux de Villaroger, un village où le temps semble s’être arrêté.
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À quelques centaines de mètres seulement de la route des Grandes Alpes empruntée par des milliers de vacanciers filant vers Tignes et Val d’Isère, presque personne ne soupçonne l’existence de ce joyau.
Un village suspendu, plein sud
Perché à quelque 1 600 mètres d’altitude, blotti sur son promontoire rocheux, La Gurraz s’offre plein sud, face à des cimes qui chatouillent les 3 000 mètres et gardent, tout l’été, leurs névés éternels.
Au-dessus veille le dôme glaciaire du Mont Pourri, du haut de ses près de 3 800 mètres. En toile de fond, très au loin, se devine la silhouette de Tignes. En contrebas, une cascade dévale la Vanoise. Un décor typiquement savoyard, entre sapins et sommets.
Ici, bâtiments fraîchement rénovés côtoient de vieilles bâtisses d’époque, parfois presque en ruine, dans une harmonie qui fait tout le charme des lieux. Maisons de pierre, balcons de bois ou de fer forgé croulant sous les fleurs rouges et blanches, ruelles étroites, potagers en plein cœur du village : rien ne dépasse, sinon le clocher de 25 mètres de l’église Saint-Roch.

Cette église baroque, bâtie en 1714 grâce à la fortune de deux frères enrichis dans le colportage et le négoce à Turin, raconte à elle seule l’histoire de ce village isolé, où l’on voulait s’épargner la descente périlleuse vers Villaroger pour aller à la messe en plein hiver.
Une poignée d’habitants et une solidarité chevillée au corps
Une soixantaine d’âmes vivent ici à l’année, la plupart travaillant sur les stations voisines de Tignes et Val d’Isère. Un village minuscule, mais tout sauf replié sur lui-même. L’histoire de La Gurraz est aussi celle des avalanches – la dernière grande coulée, en 1990, avait coupé le hameau du monde pendant quatre jours -, qui ont forgé chez les Gurrains une solidarité érigée en art de vivre.

On raconte que même les enfants savent qu’au moindre grondement venu de la montagne, il faut se réfugier dans la première maison et se protéger les voies respiratoires.
Cette convivialité se cultive toute l’année, notamment autour de la fête du pain, perpétuée par l’association des fours du Mont Pourri. Deux fois l’an, le vieux four du XIXe siècle reprend du service pour une recette ancestrale où la pomme de terre remplace une partie de la farine, rassemblant plus d’une centaine de convives.
Une école pour cœur et un passé de star
Fait remarquable pour un village de cette taille : La Gurraz a gardé son école. Une poignée d’enfants seulement, répartis sur tous les niveaux de la maternelle au CM2, en font le véritable poumon du hameau. Au point qu’un réalisateur prépare un documentaire sur ces petites écoles de France en voie de disparition.

Un juste retour des caméras, car La Gurraz a déjà eu son heure de gloire : c’est ici, à l’hiver 1979, que furent tournées quelques scènes des Bronzés font du ski. Méconnue du grand public, la « Gurre » passe pourtant à la télévision chaque hiver, sans que personne ne la reconnaisse.

Aujourd’hui sans commerce depuis la fermeture de son bar-restaurant, le village n’en reste pas moins une porte d’entrée idéale vers les randonnées du parc national de la Vanoise, en direction des refuges de la Martin et de Turia.
Ne résonnent plus alors que le fracas des cascades et les cris des enfants, dont les ruelles font la cour de récréation. Une quiétude absolue, ponctuée du seul chant des oiseaux. Un véritable havre de paix, hors du temps, en plein cœur de la Haute Tarentaise.
