Au sommet du Col du Petit Saint-Bernard, à la frontière de la France et de l’Italie, sur un col traversé par l’homme depuis la préhistoire, un grand bâtiment de pierre veille sur les voyageurs depuis près de mille ans. L’Hospice du Petit-Saint-Bernard (Haute Tarentaise), longtemps ruiné puis ressuscité, a rouvert ses portes ce 1er juin pour la saison estivale.
Aux commandes depuis six ans, Sophie Bornet y perpétue une tradition d’accueil séculaire, dans un esprit résolument familial. « Ce qui est intéressant, c’est que ça regroupe plusieurs de mes passions : la montagne, la cuisine, les rencontres » confie-t-elle dans Le Petit Montagnard.
D’une ferme de Chartreuse au toit des Alpes
Rien ne prédestinait vraiment cette passionnée à régner sur un col à 2 188 mètres d’altitude. Formée d’abord au milieu agricole, Sophie Bornet a été fromagère dans une grande ferme d’Isère, en Chartreuse, puis conseillère technique pour le Beaufort, avant de se lancer à son compte.
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« Dans le milieu agricole, c’était compliqué. Alors j’ai acheté un petit local, je l’ai transformé en restaurant et je me suis autoproclamée chef » sourit-elle. Ce sera Le Monde de Sophie, une vingtaine de couverts à Aime-la-Plagne, qu’elle tiendra six ans avant d’aller se perfectionner auprès d’autres chefs.

Puis vient la proposition qui change tout. « Les amis du Petit-Saint-Bernard, qui géraient le bâtiment à l’époque, m’ont demandé si ça m’intéressait de venir comme gérante. Je ne connaissais pas les lieux, j’ai pris les clés, je suis montée. » Six ans plus tard, elle y est toujours.
Une cuisine maison entre deux pays
Dans les assiettes, Sophie Bornet cultive son attachement aux bons produits, héritage de ses racines agricoles. La carte, volontairement resserrée, fait la part belle aux deux versants du col : les fameuses « assiettes du col » réunissent charcuteries de Savoie et du Val d’Aoste, clin d’œil gourmand à cette position frontalière unique.

Le midi, place à une cuisine généreuse nourrie des producteurs de Tarentaise et de la vallée d’Aoste. Mais c’est dans son menu signature que la cheffe se raconte vraiment. « C’est 100 % de la création, suivant les produits que je trouve sur les marchés et suivant mes envies » she explains.

Au menu récemment : un gaspacho et sa focaccia, ou encore une épaule de porc de pays cuite toute la nuit à 80 degrés, travaillée à l’asiatique et enroulée dans une feuille de brick pour le croustillant, accompagnée d’un riz au sésame, badiane et cannelle et d’une purée de carottes à la fleur d’oranger. « J’aime m’amuser, j’aime créer. Ici, tout est possible. »
Un refuge à taille humaine, ouvert au monde entier
Si le bâtiment est immense, l’établissement, lui, reste intime : six chambres, dont un dortoir, pour trente lits au total. Un format que Sophie Bornet revendique. « Je m’y sens bien parce que c’est petit et que je reste en contact avec mes clients » glisse-t-elle. Et quels clients ! « Je n’ai jamais vu un établissement qui accueille autant de clientèles différentes. »

Randonneurs de passage, familles qui privatisent le gîte pour une cousinade, groupes en séminaire, élus venus se réunir dans la salle européenne (le bâtiment appartient aujourd’hui conjointement au Val d’Aoste et à la Savoie) et voyageurs venus du monde entier s’y côtoient, comme un écho contemporain à la vocation première des lieux.
Car depuis l’époque de l’abbé Chanoux, « l’ange de la montagne » qui assura ici l’hospitalité un demi-siècle durant, l’esprit n’a pas changé : offrir le gîte et le couvert à qui passe le col. Une philosophie que Sophie Bornet espère voir perdurer, alors qu’un projet de rénovation est à l’étude.
« Le côté familial et convivial doit rester. Il ne faut pas faire comme la plupart des établissements en se tournant vers le luxe. Ce serait plus fidèle au sens qui était celui de la construction de ce bâtiment. » Et de conclure, avec l’humilité de ceux qui savent la montagne plus grande qu’eux. « Moi, je ne suis que de passage. Le projet n’est pas pour moi, il est pour le bâtiment et pour les voyageurs. »
Find out more :
- Opening : du 1er juin à la mi-octobre (selon les dates d’ouverture du col)
- Table : cuisine maison le midi (assiettes du col, produits de Tarentaise et du Val d’Aoste), demi-pension le soir, dîner possible à la réservation selon les places
- Accommodation : nuitée en demi-pension dès 65 euros/personne en dortoir, 75 à 124 euros en chambre privative (gratuit pour les moins de 2 ans, 50 euros pour les 3-10 ans)
- Groupes & privatisation : auberge ou salle de réception privatisables jusqu’à 100 convives
- Good to know: labellisé « Accueil Vélo », partenaire de la Route des Grandes Alpes, local vélo et bornes de recharge
- Bookings : auberge.psbernard@orange.fr ou 06 84 52 63 09
