À 2 000 mètres d’altitude, au bout du monde ou presque, juste avant la frontière italienne, le Toët s’apprête à vivre un moment à part. Cet hiver, pour la toute première fois, ce refuge familial niché au bord du lac du Mont-Cenis ouvre ses portes en saison hivernale. Une aventure rare, presque hors du temps, portée par Nathalie et Alexis, un couple de quinquagénaires qui a fait le choix radical de vivre l’hiver là où d’autres ne font que passer l’été.
Le décor est spectaculaire. Un lac figé par le froid, des sommets à plus de 3 000 mètres en toile de fond, un silence minéral seulement troublé par le vent et le crissement des skis. C’est ici, au Toët, dernier refuge avant l’Italie, qu’Alexis a grandi.
Pisteur maître-chien à Val Cenis pendant vingt ans, accompagnateur en montagne et agriculteur, il reprend en 2020 le bâtiment agricole familial transformé en refuge par ses parents dans les années 1990.
À l’époque, l’idée était simple : accueillir l’été. Mais au fil des saisons, une évidence s’impose. L’hiver ici est plus beau, plus brut, plus authentique. Aux côtés d’Alexis, Nathalie apporte une autre facette du lieu. Ancienne cheffe réceptionniste, elle gère aujourd’hui l’accueil, les réservations, les chambres et le service.
Lui, expert de la montagne et homme-orchestre du refuge, s’occupe de tout le reste : déneigement parfois titanesque quand la neige dépasse le mètre, surveillance du gel sur l’acheminement de l’eau depuis la source située 500 mètres plus haut, gestion du bois de chauffage, réparations quotidiennes et adaptation permanente aux températures extrêmes, qui oscillent entre –20 et +10 °C.
Des plats qui réconfortent après l’effort
À l’intérieur, l’ambiance est à l’image du lieu : chaleureuse et sincère. Pas de luxe tapageur, mais des plats qui réconfortent après l’effort : fondues, tartiflettes, spätzle, polenta, desserts maison, préparés avec des produits locaux de Maurienne et du Val de Suse italien, situé à vingt minutes à peine. Le midi, on déjeune au soleil face au lac du Mont-Cenis. Le soir, l’apéritif se partage au coin du poêle à bois, dans une convivialité rare.
Le refuge compte 18 couchages répartis en quatre chambres, avec douches et salles de bains. Une capacité volontairement limitée, assumée par Nathalie et Alexis, qui revendiquent un accueil à taille humaine, où l’on prend le temps. Le temps de discuter, de raconter la montagne, de partager un lieu préservé. Qu’ils soient locaux de passage, skieurs accompagnés par des moniteurs de Val Cenis ou randonneurs curieux, tous repartent avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’unique.
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Car l’hiver, le Toët se mérite. Accessible uniquement à ski ou en raquettes, le refuge reste pourtant étonnamment ouvert à tous les niveaux. Comptez environ 1h15 depuis la remontée mécanique, pour une approche progressive et accessible, y compris aux débutants en ski de randonnée ou en raquettes. Un effort mesuré, largement récompensé à l’arrivée.
Avant même son ouverture officielle, prévue le 27 janvier, le refuge affiche déjà complet sur plusieurs dates. Les demandes affluent, au point que Nathalie et Alexis envisagent déjà un réveillon du Nouvel An au sommet pour 2026. Preuve que cette première saison hivernale répond à une attente forte : celle de retrouver une montagne vraie, habitée, vécue de l’intérieur.
